Les états d’esprit de Carol Dweck - la psychologie de la réussite

Carol Dweck - growth mindset

À votre avis, qu’est ce qui détermine si une personne connaitra du succès ou non ? Quelle est la première réponse qui vous vient à l’esprit ?

Cette question a fait couler beaucoup d’encre, et de nombreux livres de développement personnel ont apporté des éléments de réponse.

J’aimerais vous présenter ici une idée à la fois simple et élégante qui y répond.

Cette idée est tellement chouette que votre vision du monde et de vous même risque de changer rien qu’à la lecture de cet article !


Les deux états d’esprit de carol dweck

Depuis les années 70, Carol Dweck, professeur de psychologie à l’université de Stanford, étudie comment les états d’esprit influencent la vie des gens.

Dans son livre “Osez réussir ! Changez d’état d’esprit”, Carol Dweck nous explique qu’il existe deux types de personnes : ceux qui ont un état d’esprit de développement (appelé “growth mindset” en anglais) et ceux qui ont un état d’esprit fixe (fixed mindset).

D’après les travaux de la psychologue, ceux qui adoptent un état d’esprit de développement sont plus heureux et ont plus de succès dans leur vie.

La distinction repose sur la réponse que chacun apporte à cette question : à quel point puis-je m’améliorer ?

L’état d’esprit fixe (fixed mindset)

Avec l’état d’esprit fixe, vous croyez que vos qualités, vos aptitudes et votre personnalité sont déterminées à la naissance, de manière génétique, et qu’on ne peut y faire grand chose. Il y en a qui sont intelligents et d’autres qui sont stupides, il y en a qui ont la bosse des maths, d’autres qui sont fait pour les sports d’endurance, certains sont des leaders nés, d’autres encore ont un don pour la musique... et les meilleurs sont toujours ceux qui ont hérité du plus grand talent. Avec l’état d’esprit fixe, la nature l’emporte sur la culture.

Les gens qui ont un état d’esprit fixe voient donc leurs forces et leurs faiblesses comme des traits de personnalité, comme constituant ce qu’ils sont en tant que personne, et ils prennent leurs décisions en accord avec ces croyances.

Pour les personnes avec un état d’esprit fixe, l’objectif est avant tout de confirmer, prouver qu’elles sont intelligentes.

Elles sont donc moins enclines à prendre des risques. Quand elles font des erreurs, elles ont plus tendance à penser que c’est dû à leur incompétence naturelle, et qu’elles ne peuvent rien y faire, au lieu de les voir comme des opportunités d’apprendre. Elles ont aussi plus tendance à blâmer les autres pour leurs échecs qu’à en prendre la responsabilité et en tirer les leçons.

Les gens qui adoptent cet état d’esprit ont tendance à mal accepter la critique, car ils la prennent comme une attaque personnelle.

Enfin, ils n’aiment pas la difficulté, puisqu’ils la considèrent comme la preuve qu’ils n’ont pas les compétences nécessaires pour effectuer une tâche ; et vu qu’ils ne peuvent changer, à quoi bon se donner du mal ?

L’état d’esprit de développement (growth mindset)

Avec l’état d’esprit de développement, vous croyez que vos qualités sont avant tout développées en travaillant, et que tout le monde peut s’améliorer à force de travail et d’application. Qu’importe votre point de départ : votre personnalité, vos aptitudes et vos compétences peuvent se développer. C’est l’effort qui conduit à la réussite. La culture est plus importante que la nature.

Pour les personnes avec un état d’esprit de développement, l’objectif est d’apprendre pour progresser.

Parce qu’elles pensent que leurs forces sont le résultat de leurs efforts plutôt que de leur patrimoine génétique, les personnes qui adoptent cet état d’esprit ont plus tendance à :

  • Entreprendre des projets dans lesquels elles peuvent apprendre des choses, même si ce faisant elles révèlent leur faiblesses

  • Prendre des risques

  • Voir les erreurs et les échecs comme des opportunités d’apprentissage

  • Rechercher des critiques et persister face aux difficultés

  • Etre motivées par les obstacles, les critiques, les difficultés, car elles savent que c’est de cela qu’est pavé le chemin de leur réussite

Elles ne voient pas l’avantage à être la personne la plus intelligente du groupe.

Parce que les gens adoptant un état d’esprit de développement sont près à faire plus d’erreurs au début de leur carrière, ils sont mieux équipés par la suite pour faire face aux difficultés quand arrivent les forts enjeux et les grandes responsabilités.

Différence entre état d’esprit fixe et état d’esprit de développement - Carole Dweck

Maintenant que vous connaissez l’existence de ces deux états d’esprit, vous pouvez choisir d’adopter l’état d’esprit de développement en changeant vos croyances.

Comme le dit Carol Dweck :

“Nos états d’esprit sont une part importante de notre personnalité, mais nous pouvons en changer. Simplement en connaissant les deux états d’esprit, vous pouvez commencer à penser et à réagir de nouvelles manières.”

L’explication neurologique : la plasticité cérébrale

L’une des plus importante découverte en neuroscience de notre époque est la neuroplasticité : le fait que notre cerveau est “plastique”, c’est à dire qu’il continue d’évoluer et de s’adapter à tout âge.
Nous avons pendant longtemps pensé que la plasticité cérébrale s’arrêtait après l’adolescence, mais non, elle ne s’arrête jamais !
Plus on répète un comportement, plus les connexions des neurones dédiés à ce comportement se renforcent, et plus la tâche devient facile.

Au bout d’un moment, certains comportements sont tellement ancrés en nous que nous créons des automatismes. Pensez à vos premières leçons de conduite. Au début vous étiez surement extrêmement tendu(e) et concentré(e), et vous n’arriviez pas à tout gérer : le volant, les pédales, la boite de vitesse, les autres automobilistes, les panneaux, la vitesse… Fiiiou ! Vous étiez fatigué(e) après 1h de conduite !
Pourtant à force de travail, cela est devenu de plus en plus facile : les connexions de vos neurones responsables de la conduite se sont multipliées et se sont renforcées, transmettant plus d’informations, plus facilement et en moins de temps. Les gestes sont devenus automatiques, et maintenant vous n’avez même plus à réfléchir : vous pouvez conduire sans effort tout en chantant du Beyoncé.

Une nouvelle vision de l’échec

Ces recherches sur les états d’esprit mettent en avant le paradoxe suivant : le plus grand frein à la réussite est l’absence d’échec.

Avec l’état d’esprit fixe on évite les challenges car ils représentent une source d’échec, or si nos défauts sont immuables, un échec ne fait qu’exposer au grand jour à quel point nous sommes nul(le)s ! Quand on adopte un état d’esprit fixe, l’objectif est donc d’effectuer un maximum de tâches où nous sommes sûrs de réussir pour montrer à tout le monde nos qualités et se sentir valorisé(e).

Par contre, avec un état d’esprit de développement, on se concentre justement sur les tâches difficiles car ce sont elles qui nous font le plus grandir et progresser. Aucun violoniste n’est devenu virtuose en répétant encore et encore le même morceau, mais au contraire en s’essayant à des morceaux de plus en plus durs.
Quand on adopte cet état d’esprit, l’objectif n’est pas de prouver que nous sommes talentueux, mais de tout faire pour le devenir…

Je ne perds jamais.
Soit je gagne, soit j’apprends
— Nelson Mandela

“Bon c’est bien beau tout ce que tu dis Alexandre, mais ça donne quoi en vrai ?”

Vous avez raison, permettez-moi de vous donner quelques exemples inspirants :

  • Henri Ford, avant d’avoir le succès qu’on lui connait, a fait deux fois faillite.

  • Steve Jobs s’est fait virer de sa propre société, avant de revenir en prendre la direction et de lui offrir la réputation que nous connaissons aujourd’hui.

  • Le Colonel Sanders, fondateur de KFC, aurait essuyé 1009 refus avant qu’un restaurant accepte d’acheter sa recette de poulets frits. 1009 !!!

  • Jack Ma, le fondateur multi-milliardaire de la société Alibaba, a été recalé 3 fois au concours d’entrée à l’université et 10 fois à celui d’Harvard; à l’université, il postula à 30 jobs différents mais ne fut pris pour aucun. Il fini même par postuler chez KFC : sur 24 postulants, 23 sont acceptés - il est le seul à être recalé. Pour couronner le tout, sa première société a fait faillite.

  • Walt Disney s’est fait licencier d’une société d’animation car il “manquait d’imagination”…

  • Thomas Edison aurait essuyé 10 000 échecs avant de trouver comment améliorer l’ampoule électrique. Il a déclaré à ce sujet : “Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas”. Enfant, son professeur l’aurait qualifié d’hyperactif stupide, n’apprenant pas assez rapidement… Pourtant à la fin de sa vie, il aura déposé plus de 1000 brevets pour ses inventions.

  • J.K Rowling a été rejetée par plusieurs maisons d’éditions avant qu’on accepte de publier Harry Potter.

  • Michael Jordan a un jour déclaré : “J’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi.”

  • Wiston Churchill, considéré comme l’un des meilleurs orateurs du 20e siècle, avait en fait des problèmes d’élocution. Il a travaillé à améliorer ses capacités oratoires pendant des années, et pratiquait ses discours de nombreuses fois.

  • L’acteur James Earl Jones, la voix de Dark Vador, était bègue étant jeune.

  • Les Beatles, avant d’être repérés dans le show d’Ed Sullivan en 1964, avait fait le tour de l’Europe pour pratiquer. Ils avaient notamment passé 2 ans en Allemagne à jouer 8 heures par jour dans des bars. Quand leur “talent” a été révélé, ils avaient déjà 1200 concerts à leur actif.

De chaque échec il y a une leçon à tirer. Plus vous échouez, plus vous apprenez. Plus vous apprenez, plus vous avez de chance de réussir.

“Dans l’état d’esprit de développement, l’échec peut être une expérience douloureuse. Mais il ne vous définit pas. C’est un problème à affronter, à résoudre, et duquel on peut apprendre” - Carol Dweck

L’important n’est donc pas de se concentrer sur la réussite, mais sur l’apprentissage.

On retrouve ici une notion que j’avais abordé dans l’article sur la confiance en soi : Selon Malcolm Gladwell dans son livre “Tous winners”, ceux qui deviennent excellents dans un domaine (sport, peinture, musique…) sont avant tout des gens qui ont au moins 10 000 heures de pratique. Il n’y a pas d’excellence sans travail.

L’échec est le fondement de la réussite
— Lao Tseu

Le rôle de l’éducation

Enfants, nous avons tous naturellement un état d’esprit de développement. On a jamais vu un bébé essayer de marcher, puis, après être tombé des dizaines et des dizaines de fois, se dire “naaan c’est pas fait pour moi, je ne dois pas être un marcheur”. Non. Avant de savoir marcher, nous sommes tous tombés des centaines et des centaines de fois, mais cela nous a permis d’apprendre l’équilibre.

Pourtant en grandissant, il nous arrive de perdre cet état d’esprit. Nous finissons par nous identifier à nos habitudes, à définir un “moi” et un “pas moi”, et à ne faire que ce qui rentre dans la case du “moi”. Pourtant, le “moi” est en constante évolution, et ce sont nos habitudes qui le forgent, comme nous l’avons vu plus haut avec la plasticité cérébrale. En changeant nos habitudes, nous pouvons changer qui nous sommes.

L’excellence est un art que l’on n’atteint que par l’exercice constant.
Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée.
L’excellence n’est donc pas une action mais une habitude.
— Aristote

Dans son ouvrage, Carol Dweck nous raconte une étude faite auprès d’étudiants en difficultés :

“Lors d’une étude, nous leur avons appris qu’à chaque fois qu’ils sortaient de leur zone de confort pour apprendre quelque chose de nouveau et de difficile, les neurones dans leur cerveau formaient de nouvelles connexions, de plus en plus fortes, et ils deviennent de plus en plus intelligents. Les étudiants à qui nous n’avons pas appris l’état d’esprit de développement ont continué à voir baisser leurs notes […] mais ceux qui ont appris cela ont vu leurs notes rebondir. Et nous avons observé ce genre de progrès auprès de milliers et de milliers d’étudiants, et spécialement chez ceux qui avaient des difficultés.”

“Les gens qui débutent les meilleurs ne finissent pas toujours les meilleurs.”

Malgré tout, adopter un état d’esprit de développement n’est pas facile. Une des raisons évoquée par Carol Dweck est que nous avons tous des déclencheurs d’état d’esprit de développement. Cela peut être un échec sur une tâche spécifique, une critique particulière, une comparaison avec certaines personnes.

Nous devons apprendre à reconnaitre ces déclencheurs et à changer la manière dont nous les interprétons. En modifiant notre discours intérieur, nous changerons notre comportement.

L’impact des compliments

La manière dont nous nous adressons aux autres peut favoriser chez eux l’émergence d’un type d’état d’esprit.

Chez les enfants notamment, la manière dont nous les complimentons a un rôle crucial sur l’évolution de leur état d’esprit.

Dans un article pour Scientific American intitulé “The secret to raising smart kids”, Carol Dweck nous fait part d’une étude à ce sujet auprès de plusieurs centaines d’élèves de CM2 :

“La psychologue Claudia M.Muller et moi même avons donné aux enfants des questions d’un test de QI. Après les 10 premières questions, où la plupart des élèves ont été bons, nous les avons complimentés. Nous avons complimenté certains pour leur intelligence : “Wahou… c’est un très bon score. Tu dois être intelligent.” Pour d’autres, nous les avons complimenté pour leurs efforts : “Wahou… c’est un très bon score. Tu dois avoir travaillé très dur.”

Nous avons constaté que les compliments basés sur l’intelligence encouragent un état d’esprit fixe plus souvent que les compliments basés sur l’effort. Les élèves complimentés pour leur intelligence, par exemple, souhaitaient éviter les tests difficiles - ils en voulaient un facile à la place - plus souvent que les enfants félicités pour leurs efforts (ces derniers voulaient résoudre les problèmes difficiles pour pouvoir apprendre).

Quand nous leur avons donné à tous des problèmes difficiles à résoudre, ceux dont on avait reconnu l’intelligence se sont découragés, ont douté de leur capacités. Et leurs scores, y compris sur des exercices plus faciles que nous leur avons donnés après, ont décliné en comparaison de leurs résultats précédents sur des problèmes similaires.
À l’inverse, les enfants complimentés pour avoir travaillé dur n’ont pas perdu leur confiance face aux questions plus difficiles, et leur performance s’est améliorée sur les exercices plus faciles qui ont suivi.

Nous pouvons complimenter efficacement, non pas sur l’intelligence ou sur le talent, mais sur l’effort, sur le processus, sur la concentration, sur la persévérance, sur l’amélioration. Selon la psychologue, complimenter en ce sens “créé des enfants robustes et résilients.”

L’état d’esprit de développement en entreprise

Les entreprises, commes les individus, peuvent adopter un état d’esprit de développement.

Dans un article pour la Harvard Business Review, Carol Dweck nous explique comment… :

“La première étape est d’être au clair sur la manière de définir [l’état d’esprit de développement]. Nous le définissons à la fois comme la croyance que les compétences et aptitudes peuvent être améliorées, et aussi comme le fait que les développer est le but du travail que vous faites. Une culture qui encourage l’état d’esprit de développement est une culture dans laquelle tous les employés sont vus comme possédant un potentiel, sont encouragés à se developper, et sont reconnus et récompensés pour leurs progrès.

[…]

Les leaders devraient considérer si leur approche actuelle aide les gens à voir leur propre potentiel au quotidien, et si les équipes considèrent les échecs comme des menaces ou des opportunités. Mesurer ces facteurs - en commençant par en discuter au quotidien - peut permettre aux leaders de générer un authentique état d’esprit de développement.”

Favoriser l’état d’esprit de développement en entreprise a de nombreux avantages. Selon une étude présentée par HBR et menée par Carol Dweck, dans une entreprise à l’état d’esprit de développement, les employés sont :

  • 47% plus enclins à dire que leurs collègues sont dignes de confiance

  • 34% plus enclins à ressentir un fort sentiment d’appartenance et d’engagement envers leur entreprise

  • 65% plus enclins à dire que leur entreprise soutient la prise de risque

  • 49% plus enclins à dire que leur entreprise favorise l’innovation

Carol Dweck ajoute que :

“Les employés d’entreprises où règne un état d’esprit fixe rapportent souvent que seule une poignée d’employés “stars” étaient reconnus. Les employés qui ont rapporté cela […] étaient inquiets à l’idée d’échouer et poursuivaient donc moins de projets innovants. Ils gardaient régulièrement des secrets […] et trichaient pour se mettre en avant.”

À l’inverse :

“Les managers dans les entreprises à état d’esprit de développement expriment plus d’opinions positifs sur leurs employés que les managers dans les entreprises à état d’esprit fixe, les évaluant plus innovants, plus collaboratifs, et plus engagés à apprendre et à grandir. Ils étaient plus à même de dire que leurs employés avaient des aptitudes managériales.”

Quand nous avons du mal à adopter un état d’esprit de développement, rappelons-nous cette citation de Samuel Beckett :

Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux.
— Samuel Beckett

Pour aller plus loin :