Les compétences clés de l'intelligence émotionnelle : #3

L'utilisation des émotions-min.jpg

L'intelligence émotionnelle nous apprend à nous servir au mieux de nos émotions. Cela nous permet entre autre d'avoir de meilleures relations et plus de succès dans notre travail.
Il faut pour cela développer 4 compétences clés que chacun peut acquérir, développées chacune dans un article différent :
la perception des émotions, la compréhension des émotions, l'utilisation des émotions et la régulation des émotions

 

Comme nous l’avons vu précédemment, les émotions négatives, telle que l’anxiété, empêchent de se concentrer et brouillent notre mémoire active, la mémoire du travail. Mais trop peu d’anxiété peut néanmoins s'avérer contre productif. La tension que procure une faible quantité d'anxiété est parfois nécessaire pour être stimulé et travailler efficacement . Il existe donc en réalité un niveau optimal de tension, où le rendement et la productivité sont maximisés.

 

Le flow

Ce niveau de rendement optimal est appelé “flow”. Cet état est fascinant : toute personne en état de flow est complètement absorbée par sa tâche, elle est extrêmement efficace, et éprouve également une grande satisfaction à travailler.

D'après Goleman : 

“Le flow c’est le summum de l’intelligence émotionnelle : les émotions misent au service de la performance ou de l’apprentissage. [...] Quand l’individu s’absorbe complètement dans ce qu’il fait, y consacre la totalité de son attention, sa conscience se confond avec ses actions.”

Selon le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi qui est à l’origine du concept de flow et qui a recueilli plus de 20 ans de témoignages sur ces performances exceptionnelles, les gens se concentrent mieux sur une tâche si celle-ci est légérement plus exigeante que d’ordinaire et qu’ils peuvent donner davantage d’eux même. Lorsque c’est trop facile, ils s’ennuient ; mais si c’est trop difficile, ils deviennent anxieux. Le flow apparaît dans la zone délicate entre l’ennui et l’anxiété.

Le flow, à l’équilibre entre le challenge et la compétence :

Source : w:User:Oliverbeatson — https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f6/Challenge_vs_skill.svg, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=59297153

Le flow exige que l’on se trouve au sommet de ses capacités ; mais à mesure que celles-ci augmentent, il faut de plus en plus d’efforts pour entrer dans l’état de flow. D'ailleurs, celui-ci ne peut être induit que par une intense concentration préalable.

“On peut soutenir que la maîtrise d’un art ou d’une technique est stimulée par l’expérience du flow, que ce qui pousse les gens à s’améliorer sans cesse dans un domaine donné [...] c’est en partie au moins l’envie de rester en état de flow pendant qu’on agit” - Goleman

Selon les recherches du Flow Genome Project, qui s’intéressent au mécanisme du flow, cet état permet de créer une motivation intrinsèque en relâchant les plus addictives des substances neurochimiques dans notre corps. La personne en situation de flow ressent alors un grand calme et une certaine euphorie. Le flow permet aussi d'apprendre deux fois plus vite. Enfin selon une étude de McKinsey auprès de ses cadres, quand vous êtes dans un état de flow, votre productivité est multipliée par 5.

Pour Mihaly Csikszentmihalyi, le flow est surtout le secret du bonheur : c'est en effet dans cet état particulier que nous nous sentons le mieux, et c'est ce qui nous donne le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue. Je vous invite à regarder son TED talk pour en apprendre plus à ce sujet.

 

La puissance des émotions positives

Au delà de cette exemple spécifique du flow, il semble que toutes les émotions agréables, que nous pouvons qualifier de positives (joie, contentement, fierté, intérêt…), ne sont pas seulement des indicateurs de notre bien être : elle peuvent également le produire.

Les dispositions d’esprits positives augmentent l’aptitude à penser avec souplesse et facilitent ainsi la résolution de problèmes
— Daniel Goleman

La psychologue américaine Barbara Fredrickson a analysé les effets produits par les émotions positives, synthétisés dans le graphique suivant :

Les effets des émotions positives selon Fredrickson :
 

émotions positives Fredrickson-min.jpg

Les travaux de Fredrickson montrent que si les émotions désagréables réduisent le champ d’action des individus en les centrant sur certaines options spécifiques (par exemple fuir pour la peur), les émotions positives ont à l’inverse un effet "d’élargissement" des pensées, et des comportements des individus.

"Lorsque nous sommes dans un état d’esprit positif, nous sommes plus enclins à la curiosité, l’exploration, l’apprentissage et la créativité." - Ilios Kotsou

Qui plus est, la chercheuse affirme qu'on entre ainsi dans un cercle vertueux : les émotions positives entrainent un élargissement de la pensée, qui à son tour entraine des émotions positives etc...

Fredrickson a obtenu ces conclusions en réalisant un test d’aptitudes cognitives sur différents sujets. Les personnes ayant au préalable été exposées à des situations faisant émerger chez eux des émotions positives proposèrent une stratégie plus efficace et créative que les autres. La bonne humeur en général permet de penser de manière plus positive et d’oser prendre des décisions plus risquées. Notre humeur influe en effet sur notre mémoire, et quand nous sommes de bonne humeur, nous nous souvenons donc mieux des événements positifs, ce qui augmente notre confiance en nous et en l'avenir.

La joie est le passage d’une moindre
à une plus grande perfection
— Spinoza

Spinoza entendait par joie toute les émotions positives et par tristesse toutes les émotions négatives. Pour lui, la joie est une augmentation de notre puissance d'agir ; la tristesse à l'inverse, est une diminution. On retrouve bien cette idée dans les travaux scientifiques d'aujourd'hui.

La confiance en soi

La confiance en soi est un bon exemple de cette augmentation de notre puissance d'agir : le psychologue C.R Snyder a effectué une étude sur la corrélation chez les étudiants entre les résultats obtenus aux examens et le niveau de confiance en soi :

“Les étudiants confiants se fixent des objectifs plus élevés et savent travailler avec acharnement pour les atteindre. Lorsqu’on compare les résultats obtenus par des élèves possédant des aptitudes intellectuelles équivalentes, c’est leur confiance en l’avenir qui permet de les distinguer” - C.R. Snyder.

Snyder définit cette capacité d’avoir confiance en soi comme le fait de croire que l’on possède à la fois les moyens et l’envie d’atteindre les objectifs que l’on se fixe.

L'optimisme

L’optimisme est tout aussi payant car c’est un état d’esprit qui permet de ne pas sombrer dans la dépression, l’apathie, ou de se laisser envahir par un sentiment d’impuissance lors de périodes difficiles.

“L’optimiste considère qu’un échec est toujours dû à quelque chose qui peut être modifié de sorte à réussir le coup suivant, tandis que les pessimistes se reprochent leur échec et l’attribuent à un trait de caractère non modifiable.” - Goleman

Dans son best seller, Goleman prend l’exemple des résultats obtenus par des vendeurs de polices d’assurance optimistes, mais ayant initialement été recalés aux tests de sélections (plutôt basés sur le QI). Résultats : les chiffres de ventes des optimistes sont supérieurs à ceux des pessimistes (ayant eux réussi les tests de sélections) de 21% la première année et de 57% la deuxième. 

L’optimisme permet de se convaincre que l’on maîtrise le cours de sa propre vie, que l’on peut relever les défis qui se présentent à nous. 

Adopter un état d'esprit de développement

L'optimisme rejoint le concept que la psychologue Carol Dweck appelle “l’état d’esprit de développement”, qu’elle oppose à “l’état d’esprit fixe”.

Dans son livre “Osez briller ! Changer d'état d'esprit", elle nous explique que les personnes ayant un état d’esprit de développement considèrent qu’elles sont capable d’apprendre et de progresser à force de travail. Elles sont à la recherche de challenges pouvant les faire grandir, et ne se découragent pas face aux difficultés : elles sont pour elles des opportunités de développement.
Au contraire, les personnes ayant un état d’esprit fixe considèrent qu’elles ont définitivement des points forts et des points faibles, et que ceux-ci sont immuables. Ces personnes considèrent un échec ou une difficulté comme l’expression de leur faiblesse. Elles ne cherchent donc pas le challenge, mais plutôt à reproduire ce qu’elles savent déjà faire : elles restent dans leur zone de confort.
Or on sait aujourd'hui que notre cerveau est plastique, c'est à dire qu'il se modifie constamment en fonction de nos expériences. Rien n'est donc figé, et nous pouvons tous nous améliorer à force de pratique, quelque soit le sujet !

 

Le sens de notre vie

Les émotions positives permettent d’être plus résilient face à l’adversité, plus efficace et plus créatif. S'il est évident que nous devons donc chercher à les vivre le plus possible, la question est comment s'y prendre ? Le conseil de Fredrickson pour vivre un maximum d'émotions positives est avant tout de donner un sens positif aux événements de notre vie :

"Trouver un sens positif est possible en trouvant des bénéfices à l'adversité, en donnant aux événements ordinaires un sens plus profond et en résolvant des problèmes. Vous pouvez trouver des avantages dans un monde sinistre, par exemple, en vous concentrant sur la force et le détermination que cela vous donne. Vous pouvez donner un sens positif aux événements ordinaires en exprimant de l'appréciation, de l'amour et de la gratitude, même pour les choses simples. Et vous pouvez trouver un sens à travers la résolution de problèmes en faisant des actes de compassion envers les autres."


Pour aller plus loin :

L'intelligence émotionnelle - Daniel Goleman (1995)

Intelligence émotionnelle et management - Ilios Kotsou (2017)

Osez réussir ! Changez d'état d'esprit - Carol Dweck (2017)