Les compétences clés de l'intelligence émotionnelle : #1

Intelligence émotionnelle : perception des émotions

L'intelligence émotionnelle nous apprend à nous servir au mieux de nos émotions. Cela nous permet entre autre d'avoir de meilleures relations et plus de succès dans notre travail.
Il faut pour cela développer 4 compétences clés que chacun peut acquérir, développées chacune dans un article différent : la perception des émotions,
la compréhension des émotions, l'utilisation des émotions et la régulation des émotions

 

L'intelligence émotionnelle commence par l'écoute de ses émotions

La perception de nos émotions est la clé de voûte de l’intelligence émotionnelle. Percevoir ses émotions consiste à observer leurs apparitions, leurs manifestations, leur variations et leur effets physiologiques. C’est en étant capable de percevoir nos émotions que nous pourrons par la suite les reconnaitre aussi chez les autres, puis accéder aux autres compétences clés de l’intelligence émotionnelle. Tout commence par notre propre observation et notre propre compréhension.
On pourrait reprendre ici l’injonction Socratique :

Connais toi toi-même
— Socrate

Identifier et comprendre le sentiment qu’on éprouve élargit l’éventail des possibilités : on peut alors choisir de laisser libre cours à ce sentiment ou au contraire de l’inhiber.

Selon le psychologue John Mayer, être conscient de ses sentiments et vouloir les modifier sont deux attitudes similaires :

“Reconnaître que l’on est de mauvaise humeur, c’est déjà vouloir ne plus l’être” (Goleman, 1995)

John Mayer fait à ce propos un parallèle intéressant avec la physique quantique : dans ce domaine comme dans celui de nos émotions, observer est déjà modifier.

Mayer classe les gens en trois catégories :

  1. Ceux qui se laissent submerger par leurs émotions : ils n’ont pas conscience de leur propres émotions et les subissent ;

  2. Ceux qui acceptent leurs dispositions d’esprit : ils reconnaissent leurs émotions mais décident de ne pas influer dessus (exemple du dépressif) ;

  3. Ceux qui ont conscience d’eux même : ils reconnaissent leurs émotions et parviennent à les orienter/réguler.

Développer son intelligence émotionnelle signifie se diriger vers la catégorie 3. Pour cela, la première étape consiste à être à l’écoute de son ressenti et à identifier ses émotions.

Pour avoir conscience de ses propres émotions au fur et à mesure de leurs apparitions, il faut une forme de distanciation vis à vis de ses émotions, une capacité à les identifier de manière neutre et impartiale.

 

Le rôle du langage dans l'identification de nos émotions

Pour identifier nos émotions, notre cerveau active l’aire du langage, qui va chercher les mots pour nommer l’émotion ressentie. Cette étape est cruciale : 

Chez certaines personnes la liaison amygdale (centre des émotions dans le cerveau) / aire du langage se fait mal, et ils ne peuvent donc pas mettre de mots sur leurs sentiments. Ces personnes atteintes “d’alexithymie” ne sont pas capables de percevoir leurs émotions, qui sont pourtant bien réelles au niveau physiologique : leur corps peut émettre des signaux de peur ou de joie, mais leur cerveau ne l'interprète pas comme des émotions. Les alexithymiques disent ne rien ressentir, sont très peu expressifs, ne comprennent pas les sentiments des autres, et bien sûr, ne parlent jamais des leurs. Pour eux, les émotions n’existent tout simplement pas.

Ne pas disposer de mots pour exprimer ses sentiments,
c’est comme ne pas avoir de sentiments.
— Daniel Goleman

Sans surprise, les relations interpersonnelles chez les alexithymiques sont très compliquées. Ils sont généralement "renfermés, incapables de communiquer au sujet des émotions, centrés sur leurs manifestations physiques qui apparaissent pour eux comme des phénomènes étrangers". Selon Goleman :

“Si la violence des sentiments peut s’avérer catastrophique pour le raisonnement, leur méconnaissance peut être tout aussi désastreuse.”

Enrichir son vocabulaire émotionnel peut donc permettre de nuancer les différentes émotions que l'on peut ressentir, et ainsi les identifier plus finement.

Quand vous ressentez de la joie, est ce que vous voulez dire : de l'enthousiasme ? Du bonheur ? De le satisfaction ? De l'allégresse ? De le gaité ? De l'euphorie ? Du contentement ?
Et quand vous êtes triste, est ce de la mélancolie ? De la douleur ? Du chagrin ? Des regrets ? Des remords ? De la peine ? Du désespoir ? De la dépression ?...

 

Comment identifier ses émotions : le modèle leas

Pour nous aider à identifier nos émotions, un modèle distinguant différents niveaux de prise de conscience émotionnelle a été développé dans les années 1990 : le LEAS (Levels of Emotional Awareness Scale, ou l'échelle de niveaux de conscience émotionnelle). En voici le principe :

  1. Tout d’abord, on perçoit les sensations corporelles et les marqueurs somatiques qui sont associés à l’émotion (un collègue critique mon travail : j'ai une boule dans la poitrine, le coeur qui accélère, j'ai chaud) ;

  2. Ensuite, on repère les tendances à l’action qui se mettent en place (je lui réponds sèchement, et j'essaye de trouver des exemples où lui aussi a fait du mauvais travail - non mais !) ;

  3. On identifie l’émotion et on est capable de la nommer (je suis en colère ! C'est pour ça que j'ai envie de me défendre en attaquant) ;

  4. Puis on est capable d’identifier les émotions complexes et/ou contradictoires (si je suis en colère, c'est parce que j'ai peur que mon travail ne soit pas apprécié, et en critiquant mon travail mon collègue a réveillé cette peur...) ;

  5. Enfin, on se représente la complexité du vécu émotionnel tant chez nous que chez autrui (j'avais peur que mon travail ne soit pas apprécié parce que j'ai de grandes exigeances personnelles. Mais peut être que ce collègue en a aussi pour mon travail, qu'il était stressé à son tour et qu'il a simplement essayé de me faire progresser ?).

Pour l'instant, souvenons-nous que la première étape pour développer notre intelligence émotionnelle est d'être à l'écoute de nos émotions et de pouvoir les nommer. On peut ainsi identifier les schémas répétitifs de réaction à nos émotions, et mieux anticiper leur apparition et leur évolution.

La perception des émotions nous apporte des données sur nous mêmes. A nous ensuite d’en tirer des informations grâce à la prochaine étape de compréhension des émotions, et de ces informations faire des choix judicieux - c’est l’utilisation et la régulation des émotions. C'est ce que nous verrons dans les prochains articles consacrés à cette série sur l'intelligence émotionnelle.