Les compétences clés de l'intelligence émotionnelle : #2

Intelligence émotionnelle #2 la compréhension des émotions

L'intelligence émotionnelle nous apprend à nous servir au mieux de nos émotions. Cela nous permet entre autre d'avoir de meilleures relations et plus de succès dans notre travail.
Il faut pour cela développer 4 compétences clés que chacun peut acquérir, développées chacune dans un article différent : la perception des émotions, la compréhension des émotions, l'utilisation des émotions et la régulation des émotions

 

Nos emotions sont des messagers

Comprendre les émotions signifie être capable de comprendre l’information que celles-ci essayent de nous transmettre, être capable de relier l'apparition d’une émotion à un facteur déclenchant, et comprendre pourquoi nous ressentons telle émotion plutôt qu’une autre.

Selon Ilios Kotsou, dans son livre "Intelligence émotionnelle et management", le mécanisme d’adaptation lié à nos émotions est avant tout un système très perfectionné d’information et de feed-back doté de trois grandes fonctions principales : alarme, guidage et communication :

  1. La première fonction des émotions est d’agir comme un système d’alarme. Elles sondent sans cesse l’environnement à l’affût d’un événement significatif. Dès qu’un danger potentiel est perçu, la sentinelle du système qu’est l’amygdale est prête à nous avertir en quelques millièmes de seconde ;

  2. Deuxièmement, les émotions visent à nous indiquer les meilleurs actions à entreprendre en fonction de la situation, et à faciliter cette action. Par exemple, face à un danger, la peur nous indique de fuir et augmente notre rythme cardiaque ainsi que l’énergie de nos jambes ;

  3. Troisièmement, les émotions nous permettent de communiquer avec les autres et de les comprendre.

L’émotion est un indicateur de notre capacité d’adaptation et de notre équilibre vis à vis d’une situation. Si l’impact d’une situation donnée est vu comme insignifiant, celle-ci passera inaperçue et ne générera pas d’émotion forte.

A l’inverse, si la situation est perçue comme significative, nous éprouverons une forte émotion qui nous incitera à nous en souvenir, pour soit renouveler la même expérience, soit provoquer un changement. 

L’émotion est donc témoin de satisfaction ou
d’insatisfaction de nos besoins
— Ilios Kotsou

Les théories de la motivation

Il faut donc s’intéresser aux besoins de tout être humain pour comprendre l’apparition de nos émotions et de celles des autres.

Il existe différentes théories et conceptions des besoins des êtres humains, la plus connue étant évidemment la pyramide de Maslow. Cependant sa hiérarchie des besoins a souvent été critiquée, certaines personnes pouvant sacrifier des besoins de base pour en satisfaire de plus élevés, comme sacrifier leur santé ou leur sécurité financière (niveaux 1 et 2) pour atteindre l’accomplissement de soi (niveau 5). Cela peut être le cas de sportifs de haut niveau, d’artistes ou d’entrepreneurs par exemple. D’autres chercheurs ont donc trouvé des modèles de théories des besoins et de la motivation non linéaire.

Il y a par exemple le modèle de McClelland, qui développa un modèle applicable au monde du travail. Selon lui,nous avons tous trois besoins, dont un dominant :

  • le besoin de réalisation :  nous cherchons à fixer et accomplir des objectifs importants ;

  • le besoin de pouvoir : nous cherchons à contrôler et influencer les autres ;

  • le besoin d’affiliation : nous chercher à appartenir à un groupe et à être apprécié.

Il y a également le modèle d’Alderfer qui, avec sa théorie ERG (Existence, Relatedness & Growth), reprend les besoins de Maslow et les place dans trois groupes :

  • le besoin d’existence ;

  • le besoin relationnel ;

  • le besoin de développement.

L’un des modèles le plus intéressant car très complet est celui de l’économiste chilien Max-Neef, qui proposa une grille des besoins humains permettant de noter une population sur une “échelle du développement humain” en fonction de la satisfaction des différents besoins.

Matrice des besoins de Max-Neef   :

Matrice des besoins de Max-Neef.jpg

Ces différentes théories des besoins devraient nous aider à y voir plus clair dans nos motivations, et ainsi nous permettre de mieux décrypter les messages que nos émotions nous envoient.

Les émotions négatives, comme la peur, la colère, la tristesse, nous informent que nos besoins ne sont pas - ou ne vont pas être - satisfaits. Les émotions positives, comme la joie ou l’émerveillement, nous informent que nos besoins sont satisfaits.

 

Le rôle des principales émotions 

  • La colère surgit quand il y a une menace à affronter, qu'elle soit concrète (agresseur) ou symbolique (mes valeurs ne sont pas respectées). Elle libère de l'adrenaline pour nous donner de l'énergie et envoie du sang dans nos muscles, notamment nos mains, pour nous préparer au combat.
  • La peur a pour fonction de nous éviter un danger, soit en nous cachant, soit en fuyant. Si le visage palit, c'est parce que tout notre sang est envoyé dans nos muscles, notamment ceux des jambes pour courir. Le cerveau est en état d'alerte et les sens en éveil pour déceler le moindre danger, les muscles tendus pour y réagir au plus vite.
  • La joie nous invite à poursuivre ce que nous faisons. C'est la manière qu'a notre cerveau de nous dire "c'est bien, continue comme ça !". Cet état procure à l'organisme un repos général. L'individu joyeux accomplit les tâches qui se présentent avec empressement et enthousiasme.
  • La tristesse, qui sape notre énergie, nous force à nous replier sur nous même pour analyser la situation douloureuse que nous vivons. Une fois que nous en tirons les leçons, nous pouvons faire notre deuil et repartir du bon pied.

 

Identifiez le besoin, pas l'élément déclencheur

Cependant, il faut aussi comprendre que nos émotions ne sont pas toujours parfaitement adaptées, que la vérité des pensées qui y sont associées ne s’impose pas toujours et qu’elles peuvent nous faire faire fausse route. Il est par exemple possible de rester amoureux fou d’une personne qui n’est en réalité pas du tout faite pour nous ; de se mettre en colère contre une personne de manière disproportionnée parce qu’elle aura été “la goutte d’eau qui a fait déborder le vase”; d’avoir une crise d’angoisse si on ne respecte pas certains rituels (TOC) ; être extrêmement enthousiaste à propos d’un projet à mener et être persuadé de sa réussite, projet qui n’est en réalité pas du tout viable, etc…

On sait que les pensées que nous avons sont liées aux émotions que nous ressentons, car nous avons vu que face à une émotion l’amygdale active le centre de la mémoire pour y chercher les souvenirs liés à cette émotion. Nos pensées viennent donc alimenter, soutenir, voir développer l’émotion que nous ressentons, c’est pourquoi Goleman écrit dans son livre "L'intelligence émotionnelle" qu'il est nécessaire de surveiller ses pensées :

“[il faut] comprendre qu’elles ne s’imposent nullement par leur vérité et faire l’effort de se donner à soi même les preuves de leur fausseté ou de les mettre en perspective afin de les contester.” 

L’un des travaux à faire pour tirer partie de sa compréhension des émotions est de s’efforcer de ne pas confondre la cause réelle de l’émotion (le besoin satisfait ou insatisfait) et son élément déclencheur (Kotsou, 2017). Nous avons généralement tendance à nous focaliser sur l’élément déclencheur, et à entretenir notre émotion à ce sujet via notre discours intérieur, qui la rationnalise mais qui est lui même biaisé par l’émotion vécue.

Les conséquences d'une erreur de jugement entre besoin insatisfait et élément déclencheur peuvent être illustrées par un exemple simple :

Jean est manager dans une société. Dans son équipe se trouve Christophe, mais celui-ci a fait du mauvais travail alors que Jean comptait sur lui. Jean a alors deux manières de formuler son mécontentement, en fonction de sa compréhension des émotions et du fait qu’il confonde ou non besoin insatisfait et élément déclencheur :

  • La critique constructive : cela consiste pour Jean à comprendre ce qui le contrarie véritablement, c’est à dire le besoin insatisfait (par exemple le besoin d’estime de soi en ayant le sentiment d’avoir fait du bon travail en tant que manager), et non pas l'élément déclencheur : Christophe. Jean sera alors plus enclin à remettre en cause les actions de Christophe - qui ne sont pas adéquates pour combler ses besoins - et non la personnalité de celui-ci. Jean peut exprimer les sentiments que la situation provoque chez lui (colère, tristesse, peur…), tout en proposant des actions correctives (exemple : "Christophe, je suis embêté, j'ai bien reçu ton travail mais ce n'est pas exactement ce que j'attendais : regarde ici, il faut préciser X et Y ; là il y a une erreur. Il faut vraiment qu'on soit vigilant, c'est un dossier très important. Je peux compter sur toi ?"). Christophe, lui, peut comprendre comment adapter son comportement, et Jean avance ainsi vers une solution pour améliorer la situation, et aussi son vécu émotionnel.

  • Le reproche personnel : cela consiste à confondre la véritable cause des émotions ressenties avec l’élément déclencheur, à savoir Christophe. Jean peut ainsi être amené à remettre en cause la personnalité même de Christophe et à décharger toute sa colère contre lui, critiquant ce qu’il est ("Tu es vraiment pénible ! C'est pas du tout comme ça qu'il fallait faire, tu comprends jamais rien !"), sapant ainsi toute possibilité de changement. Christophe risque alors de se sentir vexé, puis de se sentir en colère à son tour, et finalement d’être moins engagé dans son travail, ce qui est l'inverse de ce que désire Jean.

Il faut savoir qu'une attaque personnelle entraîne une réaction de type “fuir ou combattre” de la part de celui qui la subie. La réaction la plus courante à cela est la contre offensive lancée sous le coup de la colère. L’autre option, la fuite, peut être tout aussi stérile lorsque la personne décide de se retrancher derrière le silence. Il faut par ailleurs faire attention aux sentiments négatifs que la personne peut ressentir : pour Aaron Beck, père de la thérapie cognitivo-comportementale, les pensées toxiques nous font voir les autres de manière biaisée à cause du biais de confirmation. Si une personne se considère “victime” ou éprouve de l’indignation, elle va chercher les indices dans le comportement de l’autre qui confirment cette idée, excluant les preuves contraires.

Ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas détester, mais comprendre.
— Spinoza

Il convient d’adopter une attitude “optimiste” plutôt que “pessimiste” vis à vis du comportement d’autrui : le pessimiste considérera que la personne a des travers irrémédiables, alors que l’optimiste peut trouver des explications ponctuelles, temporelles (“il est comme ça en ce moment parce qu'il a beaucoup de pression”). L’optimiste sera moins dans le jugement, et plus dans la compréhension, il éprouvera donc moins de colère et pourra se concentrer sur la recherche de solutions.

Surveillez votre seuil de submersion 

La notion de seuil de submersion de Gottman est également un concept intéressant et expliqué dans le livre de Goleman. Il correspond au seuil à partir duquel les émotions deviennent trop fortes, prennent le contrôle et nous font réagir de manière incontrôlable, violente. Nous avons tous des seuils de submersion plus ou moins élevés : certains sont capables d’encaisser de nombreuses attaques personnelles, d’autre partent au quart de tour à la moindre critique. Et ce seuil de submersion peut être abaissé par un épuisement psychologique dû à des attaques répétées, un grand stress, ou tout ce qui peut contribuer à ce qu’une personne dépasse ce seuil trop souvent, un “débordement” trop fréquent entraînant une baisse du niveau de seuil de submersion.

L'impact des émotions sur la capacité de travail 

Une dernière notion à prendre en compte est celle de l’impact des émotions sur la mémoire active en fonction de leur valence (négative ou positive). La mémoire active correspond à notre mémoire de travail, c’est elle qui nous permet de nous concentrer et d’intégrer puis utiliser des informations qui se présentent à nous, de manière verbale ou visuelle. Le fait est que les émotions négatives (angoisse, tristesse…) empêchent la mémoire active de fonctionner normalement, le circuit limbique lié aux émotions paralysant le cortex préfrontal, et il devient alors difficile de se concentrer. En revanche, une émotion positive, telle que l’enthousiasme, la motivation ou la confiance, permet de travailler plus, de persévérer dans la difficulté, et d’atteindre ses objectifs.

 

Il faut retenir que nos émotions sont des messagers qui nous informent de l'état de satisfaction de nos besoins. Quand nous sommes face à une émotion, il faut identifier le besoin satisfait ou insatisfait pour réellement comprendre son message ; et ne pas confondre le besoin et l'élément déclencheur, au risque d'être injuste.

Une fois que nous aurons compris le fonctionnement de nos émotions, nous pourrons commencer à les utiliser à notre avantage.


Pour aller plus loin :

Intelligence émotionnelle et management - Ilios Kotsou (2017)

L'intelligence émotionnelle - Daniel Goleman (1995)

Les théories de la motivation - IAE Toulouse (pdf)