Comment avoir confiance en soi - selon Charles Pépin

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Qu’est ce que la confiance en soi ? D’où vient-elle ? Comment la développer ?

Dans un livre intitulé “La confiance en soi - Une philosophie”, le philosophe Charles Pépin analyse l’origine, les enjeux et les clés de la confiance en soi.

Loin d’être un énième livre de développement personnel, l’auteur fournit un vrai travail de recherche sur le sujet et nous invite à comprendre ce qu’est cette confiance en soi pour mieux la penser, et par suite, mieux l’acquérir.

Pour l’auteur, la confiance en soi n’est pas quelque chose à retrouver en cherchant au fond de soi même. C’est un chemin qui nécessite d’aller à la rencontre du monde.

On ne naît pas confiant, on le devient. La confiance en soi est toujours une conquête, patiente, difficile. Elle est aussi parfois, lorsque notre maîtrise culmine dans une forme d’abandon, l’occasion d’une joie profonde.

Selon Charles Pépin, la confiance en soi provient de trois autres types de confiance que nous allons examiner :

  • La confiance en l’autre

  • La confiance en ses capacités

  • La confiance en la vie

La confiance en soi est une confiance en l’autre

Le rôle des parents

Premier constat étonnant de l’auteur : la confiance en soi est d’abord une confiance en l’autre.

Cela provient de notre enfance : à la naissance les bébés sont complètement dépendants de leurs parents (ils mettent un an avant de pouvoir marcher, là où un bébé cheval ne met que quelques heures), il ne peuvent se débrouiller seuls et ont besoin des autres pour survivre.

L’humain a donc d’abord confiance en ses parents et sa famille avant d’avoir confiance en lui même.

Par ailleurs, c’est aussi par l’autre que l’enfant acquière sa confiance en lui. Jacques Lacan décrit dans son texte “le stade du miroir” les premiers instants de la conscience de soi de l’enfant :

Agé de quelques mois - entre six et dix-huit en moyenne -, il se reconnaît déjà dans la glace. Mais que se passe-t-il, au juste, la première fois ? L’enfant est dans les bras d’un adulte qui le présente au miroir. A peine croit-il s’y reconnaître qu’il se tourne vers l’adulte et lui adresse des yeux cette question : est-ce moi, est-ce bien moi ? L’adulte lui répond d’un sourire, d’un regard ou de quelques mots. Il le rassure : oui, c’est bien toi. Les implications philosophiques de cette première fois sont immenses : entre moi et moi-même, l’autre est là dès le début. Je n’ai conscience de moi qu’à travers lui. L’enfant ne fait confiance à ce qu’il voit dans le miroir que parce qu’il fait confiance à l’autre.

Par la suite, c’est aussi par la confiance et l’amour des autres que l’enfant acquerra la confiance en lui.

Si un petit garçon de deux ans est capable de dire bonjour à un inconnu qui entre chez lui, de lui sourire, d’aller le voir pour lui parler ou le toucher, c’est qu’il a en lui suffisamment de sécurité intérieure pour affronter cette nouveauté. Ses figures d’attachements lui ont donné assez confiance pour que, précisément, il réussisse à s’en éloigner et à s’approcher de l’inconnu. […] Pour prendre son élan, il puise dans l’amour, dans l’attention qu’il reçoit de sa famille, de celles et ceux qui l’élèvent.

Si certains d’entre nous n’ont pas reçu cet amour et cette confiance dans l’enfance, le philosophe nous livre une bonne nouvelle : “il n’est jamais trop tard pour tisser les liens qui nous manquaient.”

Le rôle des “amis”

Qu’est ce qu’un ami ? Ici, un ami n’est pas seulement quelqu’un que nous apprécions et qui nous apprécie :

Un ami, c’est quelqu’un qui nous rend meilleur. L’ami, précise Aristote, est celui qui nous permet “d’actualiser notre puissance” : grâce à lui […] nous développons réellement, “en acte”, des talents que nous n’avions que potentiellement, “en puissance”. La relation d’amitié est donc l’occasion de notre développement.

Pour illustrer cela, Charles Pépin prend l’exemple de Madonna :

Madonna était une jeune fille timide et manquant de confiance en elle. Elle avait perdu sa mère à l’âge de 5 ans et vivait mal le fait que son père eu rapidement d’autres enfants avec sa nouvelle femme. Elle pratiquait la dance et le piano depuis toute petite, mais avait le sentiment de ne pas être douée. Puis un jour, à l’adolescence, son prof de danse lui dit des mots magiques : il lui dit qu’elle était belle, talentueuse, et qu’elle avait un charisme fou. Ces quelques mots changèrent sa vie ; ils lui donnèrent confiance en elle, et la confiance lui donna l’ambition d’être une grande artiste : Madonna était née.

La confiance en soi n’exige parfois rien de plus que quelques mots bien sentis d’un maître ou d’un ami.
— Charles Pépin

Erik Decamp, alpiniste et guide de haute montagne, a une technique bien à lui pour mettre quelqu’un en confiance :

Lorsqu’un participant se montre particulièrement anxieux dans toute la phase de préparation et d’entraînement qui précède le départ, Erik Decamp finit parfois par le désigner premier de cordée. […]
Parce que le guide lui fait confiance, il se découvre soudain plus fort.

Faire confiance à quelqu’un permet donc de lui donner confiance en lui. Faire confiance, c’est aussi donner sa confiance pour que l’autre se l’approprie. C’est pourquoi Charles Pépin propose de… :

[…] d’abord mettre en confiance, ensuite faire confiance. D’abord sécuriser, ensuite “insécuriser” un peu. Nous avons besoin des deux pour oser nous aventurer dans le monde.

Au fond, si certains manquent de confiance en eux, ce n’est donc pas forcément de leur faute. Si personne ne les a mis en confiance , c’est normal qu’ils doutent d’eux-même. En effet, personne ne peut prendre confiance en soi seul : c’est d’abord “une histoire d’amour et d’amitié”.

C’est pourquoi Charles Pépin conclut que :

C’est donc un même mouvement qui nous aidera à prendre confiance en nous et à faire confiance aux autres : sortons de chez nous, nouons des relations avec des gens différents et inspirants, choisissons des maîtres ou des amis qui nous grandissent, nous réveillent, nous révèlent.

La confiance en soi est une confiance en ses capacités

Le talent est le résultat de nombreuses heures de travail

Pour Charles Pépin, la confiance vient aussi de la compétence, qui elle-même vient d’un entraînement intensif.

Dans son livre intitulé “Tous winners”, Malcolm Gladwell explique que derrière le succès de tous ceux qui ont atteint l’excellence se cache au moins 10 000 heures de travail. Pour ces travaux il interrogea des violonistes issus d’une même classe, en les divisant en trois catégories : ceux qui étaient devenus “simples” professeurs ; ceux qui étaient devenus de très bons musiciens professionnels et enfin, pour les meilleurs, ceux qui étaient devenus premiers violons dans des orchestres prestigieux ou solistes internationaux.

Il leur posa à tous la même question : “Depuis la première fois que vous avez eu un violon entre les mains, combien d’heures avez-vous joué ?”.

A l’âge de vingt ans, aucun de ceux qui deviendraient “simples” professeurs de violon n’avaient eu son instrument entre les mains plus de 4 000 heures. Tous ceux qui deviendraient de bons musiciens professionnels avaient travaillé leur instrument à peu près 8 000 heures. Quant aux meilleurs, ceux qui deviendraient des stars du violon, ils avaient tous dépassé les 10 000 heures de pratique. Il n’y avait pas une seule exception.

Malcolm Gladwell reproduisit ses recherches et ne trouva pas un seul cas de musicien devenu virtuose sans avoir derrière lui 10 000 heures de pratique (ce qui correspond à trois heures par jour pendant 10 ans).

Chez les grands artistes, la confiance provient donc d’abord, ou disons plus exactement surtout, d’une pratique assidue et même obsessionnelle.

Pour que ces 10 000 heures transforment un débutant en maître, Charles Pépin précise que :

Il faut qu’il y prenne du plaisir, que cette pratique corresponde à son aspiration, qu’il ait pour elle quelque prédisposition et que ce soient 10 000 heures d’attention, de présence véritable à son art.

Il est bon de se rappeler que derrière chaque “génie” se cache avant tout énormément de travail. Lorsque nous commençons à douter de nous, à penser que nous manquons de talent, rappelons nous que c’est sûrement dû à un simple manque d’entraînement.

Le génie c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration
— Thomas Edison

De la compétence à la confiance

Le philosophe estime que la compétence peut se transformer en confiance. Ainsi, ceux qui sont passés “maîtres” dans leur domaine peuvent acquérir une confiance en eux plus globale que leur domaine de compétence :

En développant notre expérience d’une pratique, nous pouvons, et c’est heureux, gagner une confiance en nous plus globale. Notre expérience, quelle qu’elle soit, sert alors de point d’appui.

[…]

Pour sentir que nous avons confiance en nous, il faut l’éprouver d’abord à l’occasion d’une confiance dans telle ou telle action concrète. […] Toute confiance en soi est confiance en soi accomplissant quelque chose. Nous avons besoin d’expériences concrètes, de compétences précises et de succès réels pour prendre confiance en nous. Donc, n’hésitons pas à fêter nos réussites, si petites soient-elles : elles sont autant d’étapes sur le chemin de la pleine confiance en soi.

Le problème est que trop souvent notre confiance en nous est limitée à un secteur particulier, est elle trop “sectorisée”.

Pour passer de la compétence à la confiance, il faut que la compétence nous permette d’apprendre à nous connaitre nous même, nos points forts, nos points faibles, nos goûts et dégoûts. Il faut passer par exemple de “je sais bien faire du vélo de descente” (compétence) à “je sais apprendre, je sais maîtriser mon corps, garder mon équilibre et mon sang froid dans les descentes difficiles. Je suis capable d’analyser une situation et de prendre très rapidement la meilleure décision” (confiance en soi).

Aucune confiance en soi durable n’est possible sans connaissance de soi, sans creuser un sillon qui nous correspond.

Pour que la compétence devienne confiance, Charles Pépin recommande de prendre du plaisir au développement de la compétence en question. En effet, le plaisir nous “permet de relativiser et d’être plus relachés”.

Surtout pour passer de la compétence à la confiance, il faut que la compétence nous donne le courage de sortir de notre zone de confort. Si nous choisissons de devenir maître ou expert d’un domaine par peur de l’inconnu, nous ne pourrons pas gagner confiance en nous. La confiance en soi s’acquière en dehors de notre zone de confort !

Développons nos compétences mais avec une âme d’artiste, pour prendre en elles notre élan, non pour nous y enfermer.

Enfin, comme le souligne le philosophe Emmanuel Delessert, dans son essai “Oser faire confiance” :

Se faire confiance, ce n’est pas se dire que l’on peut faire une chose parce qu’on l’a déjà réussie mille fois - quelle tristesse ! Quel manque de perspective ! Au contraire, c’est s’adresser à cette part incertaine en soi - jamais activée encore - et de décider de l’inviter, de la réveiller.

C’est en effet uniquement là, en dehors de notre zone de confort, que la confiance en soi est utile.


La confiance en soi est une confiance en la vie.

Apprendre à aimer l’incertitude

Psychologues, enseignants, coachs sportifs, théoriciens de la “psychologie positive”… tous s’accordent à dire que la confiance en soi se développe dans l’action. Mais un malentendu se glisse souvent derrière cette idée. Si la confiance en soi se conquiert dans l’action, c’est bien qu’elle n’est pas une confiance en un “soi” pur, détaché du monde. […] Elle est une confiance en la rencontre entre soi et le monde.

La confiance en soi requiert donc deux participants : nous, et le monde. Si nous ne faisons pas un minimum confiance au monde, nous sommes amputés d’une partie de la confiance.

Pour apprendre à faire confiance au monde, l’auteur nous rappelle la philosophie stoïcienne :

Défendre une philosophie de la confiance, c’est aussi rappeler le premier principe de la sagesse stoïcienne : tout ne dépend pas de nous. Il y a ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. […]
Nous devons bien sûr agir autant que possible sur ce qui dépend de nous, mais avoir confiance en soi, c’est avoir également confiance en ce qui ne dépend pas de soi et que notre action peut mettre en branle.
Souvent, lorsque nous souffrons d’un manque de confiance, lorsque nous nous mettons trop la pression, nous nous faisons une idée fausse des choses. Nous ne sommes pas assez stoïciens, nous présupposons que tout dépend de nous.

Etre stoïcien et avoir confiance en soi, c’est reconnaitre ce qui dépend de nous - et y travailler au maximum - et ce qui ne dépend pas de nous - et faire confiance à l’imprévu.

Tel est le véritable esprit d’entreprise : savoir prévoir, aimer prévoir, aimer aussi la part d’imprévu qui demeure.

D’ailleurs, les comédiens souffrant du trac savent qu’il faut faire confiance à l’imprévu que leurs actions peuvent susciter : c’est en montant sur scène qu’ils prennent confiance en eux - pas avant.

Et si nous échouons ? Qu’importe. Oui, l’imprévu signifie que les choses peuvent mal se passer. Mais l’important est ce qui dépend de nous, les choix que nous faisons, notre comportement face à l’imprévu. L’important est d’oser agir. Car “si nous échouons, ou ne réussissons pas autant que nous le voudrions, nous aurons au moins réussi à essayer.”


Agissez, pour devenir qui vous êtes

A l’inverse de la plupart des vidéos YouTube sur le sujet, Charles Pépin est contre l’idée qu’il existe au fond de nous “un noyau insécable, un égo immuable qui représente qui nous sommes vraiment” et qu’il suffirait d’écouter pour reprendre confiance. Au contraire, en bon philosophe, l’auteur défend plutôt l’idée que le “moi” n’existe pas :

S’il y a bien un point d’accord entre la psychanalyse freudienne, la philosophie contemporaine, les neurosciences et la psychologie positive, c’est que l’identité est multiple, plurielle, protéiforme.
[Le] “moi” fixe et immuable n’existe pas ! Aussi, nous ne pouvons pas “être” nuls puisque nous ne “sommes” pas.

Charles Pépin estime que si notre idendité n’est pas définie, c’est tant mieux : si nous le voulons, nous pouvons devenir une personne ayant confiance en elle.

Nous ne sommes pas : nous ne faisons que devenir. Nous n’avons pas confiance en nous ? Ce n’est pas grave : prenons confiance en ce que nous pouvons devenir.

C’est ce potentiel en nous qui est fascinant. Pour le laisser s’épanouir, pour grandir personnellement, il faut accepter d’aller à la rencontre du monde, et de se laisser changer par lui. C’est pour cela que nos vies sont passionnantes : elles nous offrent la chance de nous inventer et de nous réinventer.

Pour cela, vous l’aurez compris, il faut avant tout agir :

Agir, c’est inviter le soi dans la ronde de l’existence, l’inviter à sortir de soi plutôt qu’à se persuader qu’il contient en lui l’essence pure de sa valeur, l’inviter à “s’éclater” plutôt qu’à se replier.

Finalement, Charles Pépin estime que la confiance en soi ne repose pas que sur le “soi”, au contraire. Voici ce qu’il nous propose :

N’ayez donc pas confiance en vous :
ayez plutôt confiance en tout ce que votre action est capable de créer en vous offrant un point de contact avec le monde,
ayez confiance en ce qui dépend de vous comme en ce qui n’en dépend pas,
ayez confiance en la réalité que votre action est déjà en train de remodeler,
ayez confiance en la chance que votre action peut provoquer
,
ayez confiance en ces hommes et femmes que vous rencontrerez.


Pour aller plus loin :

“La confiance en soi, une philosophie” - Charles Pépin